Que je me mette déjà à terre, on ne pourra m’enfoncer plus bas. L’humiliation d’être traité comme un moins que rien, c’est en fait être traité pour ce que je suis. C’est donc ce que je serai. Même ça, voilà mon pardon, je te le donne, je te le jette, je l’étale sur tout ton corps mon pardon, je te le masse pour qu’il pénètre bien, mon pardon. Je suis plus fort que ça. Désir, pitié, éclatement, terreur.
Et si je me tiens là, à enlever ma veste et à vous la tendre, de mes bras nus, mes paumes levées et ne tenant aucune autre arme que celles que je détiens secrètement toujours à l’intérieur de moi, à vous tendre donc ma seule protection contre les coups et contre la pluie, et contre les coups de la pluie, laissant apparaître la mince peau, fine enveloppe physique protégeant mes organes, si faillibles, il faudra alors nécessairement que je développe d’autres moyens, d’autres armes que ma peau et que ma veste. Car je ne vous connais pas, mais alors que vous me semblez plus familier maintenant que vous portez ma veste, je ne tomberai pas dans cette illusion facile que l’on nomme parfois connaissance. Je n’ai nullement l’objectif du "deviens toi toi-même" et n’attendrai ça ni de vous, ni de ma veste, ni de vous qui portez ma veste. Depuis que mes bras sont nus, et que je ne tiens aucune autre arme que celles que je détiens toujours secrètement à l’intérieur de moi, je ne me suis aucunement rapproché de mon essence mais me suis vraiment éloigné de ce que j’étais déjà. Je ne tire de ce que je suis ni gloire ni confusion, je garderai mes organes au plus proche du sol, guidé par la sensation de la pluie sur mes bras nus, et à la violence des armes que je détiens, désir, pitié, éclatement, terreur.




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